Photo : Matthieu Arquey

 

Je me suis glissée dans l’eau chaude d’un spa. Un de ceux qui permettent de remonter le temps.
Laissant mes bras à l’extérieur pour apprécier le contraste de température, je ferme les yeux.
Mon Moi adolescent est également dans le bain à remous, sirotant une canette de 7Up. Elle fixe mes aisselles poilues.

Elle ose enfin placer sa voix au-dessus des bulles :
« Pourquoi tu ne les épiles plus ?
— Bonjour ! C’est tout l’effet que ça te fait de te voir avec vingt ans de plus ?
— Non, c’est cool, hasta la vista, baby ! Mais pourquoi t’es vachement négligée comme ça ?
— Ce n’est pas de la négligence, c’est un choix féministe.
— Une caricature de la féministe, oui ! Moche et velue ! Courtney Love n’est plus ton modèle en matière de féminisme ? »

Je souris, arrête le système à bulles et réponds doucement :
« Je me rappelle la fierté que nous avons éprouvée la première fois que nous avons épilé nos aisselles. Nous avons surmonté la douleur et nous nous sentions plus femme. Pourtant ces aisselles glabres ce sont les mêmes que quand nous étions enfant. N’est-ce pas malsain ce lisse régressif jusque dans les culottes des femmes ? Je suis bien une femme, une adulte et non un chérubin asexué.
— Mais c’est dégueu !
— Pourquoi ? La plupart des hommes ne perdent ni temps ni argent à chasser le poil. Sont-ils sales pour autant ?
— Mais c’est moche !
— Personnellement je trouve mes petites jungles d’aisselles très sexy.
— Pourquoi je changerai radicalement d’avis ? s’inquiète-t-elle.
— Je ne veux pas tout te dévoiler mais ton point de vue sur différents sujets va beaucoup évoluer. Demande-toi si tu agis librement ou par conditionnement. D’où vient ton dégoût du naturel ? S’imposer de la douleur pour répondre à un canon de beauté c’est un acte dicté par la peur d’être rejeté. C’est la peur de ne pas pouvoir bénéficier de l’amour des autres. »

Je marque une pause puis ajoute solennellement :
« La peur est le chemin vers le côté obscur. L’amour des autres oublier tu dois. Du bonheur l’amour que tu offres t’apportera.
— LOL .»

Elle m’offre un large sourire bagué puis me confie :
« C’est rassurant de te voir ma vieille. T’es excellente !
— Méga teuf Wayne !
— Méga teuf Garth ! » enchaîne-t-elle en replaçant sa tresse indienne bleue derrière son oreille.
J’ouvre les yeux tant qu’elle rit et attrape ma serviette LC Waikiki.

Ha ! si les spas à remonter le temps pouvaient vraiment exister !

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